Angoisse et Subjectivité

by ceylin

 La psychanalyse est définie comme une expérience de langage, d’un dire qui tourne autour de ce qui structuralement nous échappe en tant qu’inconscient. Si elle prend appui sur la médiation de la parole du sujet pour intervenir sur les effets de l’inconscient, elle en prend compte également en fonction de l’actualité discursive de l’époque avec les symptômes spécifiques dans lesquels cette dernière est impliquée. En ce sens, nous pouvons parler de l’affect toujours en référence à un discours, à une logique signifiante qui permet de l’identifier, le nommer et peut être même le produire. Par ailleurs, l’apport de l’angoisse dans l’actualité clinique et discursive de l’époque amène d’emblée à prendre en compte une hétérogénéité théorique en son lieu.

Dans cette perspective, introduire la question de l’angoisse dans la recherche clinique pose une difficulté repérée à trois différents niveaux introduisant un paradoxe radical dialectisant la subjectivité :

Au niveau de la définition du concept : Surplus d’excitation, symptôme, ou encore signal au niveau du Moi, l’angoisse est un phénomène clinique qui n’a pas une représentation, n’est pas non plus produit par un nucléus de pensée. Elle est ce qui résiste en quelque sorte à une conceptualisation. C’est un concept de ce qui n’a pas de représentation. Elle est plus facilement repérable par ses effets que par ce qui la cause, par conséquent différents signifiants contemporains dans la psychiatrie actuelle, tels que anxiété, stress, panique, etc. s’y attachent ne permettant aucune précision différentielle théorique. Ceci est dû, selon nous, à son caractère de n’être pas spécifique à une structure pathologique donnée. Toutefois, le traitement de l’angoisse change selon les structures psychopathologiques. Nous avons donc à faire à un vaste champ de phénomène clinique traversant des structures psychiques assez variées. En ce sens, l’angoisse se repère comme « trans-structurale » ; à la fois universelle tout en étant profondément singulier.

Au niveau épistémologique : Responsable d’une confusion à savoir si elle est résultat d’un symptôme ou cause du refoulement, la problématique théorique s’ouvre et s’articule, pour la majorité des théoriciens, sur les statuts de cause et de l’effet. L’angoisse pose une énigme dans sa causalité dans la mesure où elle est responsable de l’apparition d’un vide dans la signification pour le sujet, c’est-à-dire d’une rupture dans la chaine signifiante. Cependant l’observation clinique nous permet de remarquer que le sujet n’est saisi sans savoir et sans la certitude qu’il y est intimement impliqué malgré le fait que la cause lui échappe. Il s’agit de faire subjectivement l’expérience intime d’une certitude d’y être profondément concerné accompagné par l’incapacité de dire en quoi il l’est. Elle convoque, en quelque sorte, le champ de l’invisible. En ce sens, l’angoisse fait entrer la fonction de la cause dans la structuration par l’inscription d’une béance entre la cause et son effet entre lesquels il y a une perte de signification : l’une n’est pas repérable consciemment par rapport à l’autre dans un rapport linéaire. Ce que l’angoisse vise n’est pas le sujet de la connaissance. Il s’agit plutôt d’une expérience de vacillement de cette illusion de connaissance au niveau de la conscience.

Au niveau structural : Si chaque étude se définit par rapport à son objet, celle orientée sur l’angoisse ne permet pas ce repérage d’objet. Elle est définie depuis la philosophie existentielle comme étant sans objet. Freud pour pouvoir la situer en différence de la peur l’inscrit dans la même logique. Cependant, elle est la réponse type à la perte impliquant un danger interne. En ce sens, elle nécessite une position subjective vis-à-vis de l’objet impliqué par sa perte. Cela est une question restée suspendue de la psychanalyse freudienne à savoir que si la perte de l’objet est responsable de l’angoisse, est-ce que cela se traduit comme son absence ? Si l’angoisse introduit la béance entre la cause voilée et son effet, de quelle manière elle permettrait de saisir le statut de cette perte ? Est-ce que l’absence d’objet et la perte d’objet signifient-elles la même chose ?

En effet, ces différentes questions nous ouvrent le chemin vers une clinique de l’angoisse qui engage une éthique du sujet. Le sujet est appelé à prendre sa responsabilité par rapport à sa propre vérité refoulée qui cause sa souffrance. L’angoisse se présente comme l’affect ayant un « statut d’exception » en rapport avec cette vérité au point que tous les affects sous certaines conjonctions peuvent se converger vers l’angoisse ; « contre laquelle tous les affects « refoulés » sont échangés ». Elle a ce qui est d’irréductible de tous les autres affects.

Approche Freudienne

L’hypothèse freudienne sur l’affect est formulée ainsi : étant associé à la représentation dont il est séparé par l’opération du refoulement, il se déplace en tant que quantum d’affect et trompe sur sa cause. Dans « Esquisse pour une psychologie scientifique », le cas d’Emma, où il s’agit d’une jeune femme souffrant de l’hystérie d’angoisse, illustre cette formule de « protons pseudos », le premier mensonge sur la cause sexuelle qui fait trauma. Malgré le fait que ce soit l’inconscient qui affecte le sujet, Freud décommande de se référer aux affects dans le déchiffrage de l’inconscient. L’affect n’est pas ciblé par l’interprétation analytique malgré le fait qu’il participe à la formation du symptôme, puisqu’il n’a pas une structure représentationnelle. Il est dérivé de la pulsion.

La définition de l’angoisse comme affect, est mise en exergue, bien avant Freud par Kierkegaard. Il la définit comme l’affect de l’âme lié à l’expérience de découvrir la possibilité de la mort. Freud et Lacan se sont interrogés à leur tour sur cet apport de la mort, de vide et de l’absence. L’angoisse a pour objet « le néant » ; en tant qu’il devient de plus en plus quelque chose. Important repérage du philosophe qui laisse entendre que ce vide ne peut être pensable pour l’être parlant qu’en fonction du langage. Par l’opération de langage que ce néant réel devient symboliquement habité par l’humain. Là où l’angoisse nous interroge, nous pouvons avancer qu’il s’agit d’un phénomène qui provient même de l’entrée au langage. La lecture lacanienne en ferait « le point de rencontre essentiel entre le sujet et l’Autre. »

Chez Freud deux positions théoriques sont repérables. Il essaye de repérer l’angoisse et au-delà la question de l’affect par rapport au corps propre, pour ensuite préciser par rapport au corps libidinal. Dans un premier temps, il parle de l’angoisse comme phénomène de corps propre, un excès d’excitation pulsionnelle non traité par la psyché. En tant que libido inemployée, elle résulte du refoulement comme son effet. Le sujet angoisse du fait de la proximité de ce qui est refoulé (idée élaborée également plus clairement dans l’Inquiétante Etrangeté). Le système psychique s’équilibre sur l’axe du plaisir-déplaisir, l’angoisse est éprouvée comme un déplaisir du fait de cet excès libidinal bousculant cet équilibre. Elle est la traduction de la libido sexuelle mise hors symbolique ; résulte d’une défaillance psychique face au sexuel.

Deuxième théorie est avancée dans le texte « Inhibition, Symptôme et Angoisse » où il s’agit d’un inversement remarquable, dans la continuité théorique d’une nouvelle configuration de l’appareil psychique selon la deuxième topique. L’angoisse est désormais au seuil du Moi lui signalant la présence d’un danger interne d’origine pulsionnelle impliquant une perte. A noter qu’au moment de cette émergence, le Moi signale sa dissolution ce qui empêche la médiation par la parole. Selon une lecture logique nous remarquons qu’elle est devenue un concept limite. Elle sera au fond d’une mobilisation des stratégies défensives au niveau du Moi, qui par ce biais cherche à protéger son intégralité. Cependant se défendre ne pourrait être qu’une stratégie mise en place pour parer à cette dissolution moïque dont l’angoisse est signal. En effet, de structure nous ne nous défendons pas contre l’angoisse, mais plutôt contre ce dont l’angoisse est cause. Ce qui est mis en avant par Freud sera interrogé plus tard par Lacan à travers la fonction de bord dans la structure de l’érogénéité.

Inhibition, stratégie moins couteux que la réduction par le refoulement, à la différence du symptôme qui est une manière de satisfaction pulsionnelle, ne s’inscrit pas dans le registre inconscient et vise la fonction du Moi. A travers une relecture de la phobie du petit Hans ainsi que de l’analyse de l’Homme aux loups, Freud met en exergue que le danger pulsionnel implique une menace de castration de perte réelle de l’organe. Toute angoisse étant l’angoisse de castration (le trauma de naissance d’Otto Rank, n’est lisible qu’à travers cette notion qui réactualise et lui donne sa valeur de trauma, selon Freud) liée à l’Autre du langage, de différence sexuelle. En termes lacaniens, c’est parce qu’il y a l’Autre qu’il y a la castration. L’angoisse freudienne est devant l’Autre, elle implique l’Autre dans la perte de l’organe qui peut jouir.

La phobie infantile donne la possibilité à Freud d’articuler l’angoisse et symptôme. La constitution de l’objet phobique est un premier traitement de l’angoisse repéré par Freud. A ceci s’ajoute l’objet fétiche, tel qu’il est élaboré par J. Lacan dans La Relation d’objet. C’est cet objet phobique qui permet de canaliser une angoisse diffuse généralisée et indéterminée donnant appui au sujet pour structurer son monde. L’attente anxieuse a dorénavant une cible. Toutefois, la phobie est l’un des destins de l’angoisse et ne se confond pas à celle-ci.

Avec ce texte de Freud, l’angoisse de castration acquiert une place centrale autour de laquelle les symptômes hystériques, obsessionnels et phobiques se forment et s’organisent. Tout au long de son travail, il cherche à rendre consistant le complexe de castration. Tout de même, le rapport de l’homme et de la femme à la castration ne peut être identique. Il essaye de résoudre cette problématique théorique en précisant que la perte d’objet, c’est-à-dire l’insuffisance est la menace du côté masculin tandis que la perte de l’amour de l’objet, en ce sens le manque est celui du côté féminin. Il faudrait attendre Lacan qui tenterait de résoudre ce problème, qui prend base dans un premier temps, sur une logique signifiante phallique.

A la fin de son œuvre Freud laisse la question ouverte. Les traumatismes angoissants seront à l’origine des névroses : expériences corporelles, la perception ou impressions responsable des traces mnésiques élaborés ultérieurement dans le fantasme du sujet. Le concept initiative date du texte de 1926 où la cause de l’angoisse est cherchée au niveau d’une situation originaire de désaide, Hilflosigkeit, qui traduit une passivation devant le danger d’un excès d’excitation : « l’angoisse est d’une part attente du trauma, d’autre part une répétition atténuée de celui-ci ». Une première expérience de jouissance ? La revendication pulsionnelle est réelle, la perte dont imagine le sujet est réel qui fonde le cœur de l’angoisse névrotique.

L’angoisse de castration met en avant la réalité désirante du sujet et son rapport à l’expérience sexuelle traumatique. Là où le sujet dans la cure butte s’il imagine la castration dans un rapport phallique sur la possibilité sans fin de le perdre ou de l’avoir. La possession d’organe investie d’une valeur narcissique se justifie par la garantie de la possibilité d’une union avec l’Autre. C’est la crainte fondamentale car elle se conclut par la séparation. C’est ainsi que se réactualise le trauma de la naissance. L’angoisse de castration est à la fois le danger de la séparation mais aussi le danger d’une union liquidant toute possibilité de désir, comme souligne M. Safouan.

Lacan, reprenant la question là où a laissé ouvert Freud la marquant d’une impasse de la cure, chercherait un au-delà possible de cette impasse pour le sujet, disant que ce devant quoi le névrosé recule n’est pas devant la menace de castration mais de faire de sa castration quelque chose de positive, la garantie de la fonction l’Autre.

Approche Lacanienne

La conception lacanienne de l’affect se construit sous la lumière de trois concepts : le sujet, le corps et le langage. Selon Lacan, l’affect n’est pas « l’être donné dans son immédiateté, ni non plus le sujet sous une forme brute. Il n’est en aucun cas protopathique. ». Il y a un rapport de structure avec l’être du sujet. Le déplacement de l’affect dans la chaine signifiante prouve que l’affect est un concept connecté au signifiant, est pris dans le système symbolique et imaginaire. L’hypothèse lacanienne de l’affect est qu’il est l’effet du langage sur la jouissance dans le corps du sujet, jouissance limitée par le langage. Le corps est à la fois libidinal, comme lieu de jouissance mais aussi le lieu où est introduit le signifiant qui borde cette jouissance. Pour arriver à ce point, il nous faut passer par le séminaire sur l’Angoisse où l’ébauche de cette approche ultérieure se fonde.

L’angoisse a un autre statut parmi les autres affects, dans la mesure où il n’est pas noué au signifiant mais à l’objet. C’est une expérience subjective de l’innommable. Si elle est hors de doute (doute fonctionne comme une défense contre la certitude de l’angoisse chez l’obsessionnel), imposée en tant qu’une certitude qui ne trompe pas, c’est qu’elle ne se déplace pas dans la chaine signifiante, au contraire la rompe. Le sujet est mis momentanément hors sa parole, saisi dans cette discontinuité temporelle où il est suspendu dans cette rupture de sens. Alors que Freud inscrit le rapport à l’angoisse vis-à-vis de la perte d’objet, Lacan insiste sur son imminence, en tant qu’une présence en trop empêchant son encadrement par le langage.

Première hypothèse lacanienne est que l’angoisse émerge par la disparition du manque (« le manque vient à manquer »), une difficulté dès lors pour le sujet de prendre appui sur la castration symbolique. C’est l’affect d’une apparition Unheim, en tant qu’une radiale altérité au lieu du manque où le sujet ne s’y reconnait pas dans l’Autre. Cette expérience a lieu au niveau de l’imaginaire, lieu de l’angoisse. Pour ceci, Lacan reprend ses avancées du stade du miroir dans sa construction du schéma optique. Le sujet ne peut accéder à son image que par l’intermédiaire de l’Autre incluant ses signifiants, l’Autre comme lieu de signifiants et comme sujet de l’inconscient qui lui parle, résultat de la division subjective. Cette consistance imaginaire de corps est schématisée par la vase qui enveloppe les objets pulsionnels morcelés. Désormais le corps acquiert une image que le sujet peut habiter, même si son être n’y apparait pas, ce qui veut dire que son être n’est pas réduit à son image. Malgré cela, il faut ce premier temps d’aliénation où se loge un premier hiatus entre le sujet et l’image. Le corps n’est pas transparent au sujet, ni son être. Cette constitution d’écran narcissique n’encadre pas tous les objets, dans la mesure où une partie du corps reste investi libidinalement au niveau du corps propre. C’est ce qui n‘apparait pas dans le miroir, un reste sous forme de manque, c’est le phallus. C’est le lieu de la castration imaginaire induite par la métaphore paternelle, une cassure qui marque l’image du corps. Ainsi le sujet névrosé est très tôt marqué par la castration, selon Lacan. La castration est de structure prenant plus de l’ampleur par rapport à l’Œdipe en tant que mythe du névrosé. Dans cette constitution de structure imaginaire au lieu de manque, avec la percée de la sexualité précoce dans le réel, une jouissance se conjoint à l’opération symbolique de la métaphore paternelle.

Dans la mesure où une apparition de quelque chose en ce lieu de manque, sortant de l’ombre, c’est le vécu de l’Unheimliche, l’apparition du double : le retour du refoulé apparait dans le réel. Il s’agit donc un surgissement réel qui met en difficulté le système symbolique et imaginaire. Ainsi, le signifiant du manque vient à manquer. L’absence inscrite par le symbolique, comme garant d’une présence ailleurs fait défaut momentanément pour le sujet. Il n’y a pas nécessairement une présence perceptible car cette imminence n’a pas d’image, il s’agit plutôt d’une proximité avec quelque chose comportant cette possibilité d’obturer le vide. C’est une expérience où le sujet est déboussolé de ses repères imaginaires et symboliques, un vacillement fantasmatique face à cette apparition du vide impliquant la possibilité de présence.

Première hypothèse consiste en une apparition dans l’imaginaire et l’angoisse émerge là où il n’y a pas de miroir. Le sujet n’arrive plus à se reconnaitre dans le miroir de l’Autre ; il est face à son propre énigme au niveau de son être « Que suis-je pour l’Autre ? » et face à l’énigme du désir de l’Autre « Que me veut-il ? ». C’est une rupture de chaine signifiante où se conjoignent l’énigme et certitude, dit Colette Soler. L’ontologie de l’angoisse au sens psychanalytique, c’est au-delà d’une dialectique de l’avoir au sens de la castration imaginaire, une dialectique de l’être sous forme de l’être objet. Il apparait une deuxième forme d’identification du sujet, la première étant à l’image narcissique pris comme objet, à l’objet chu.

Si l’angoisse est devant qqch, l’objet est présent mais méconnu du sujet, puisqu’il n’a pas d’image, n’est pas spéculaire. C’est un objet reste, exclus de la chaine signifiante pour qu’elle puisse fonctionner. C’est ce qui échappe au refoulement originaire, division subjective en terme lacanienne qui est textuellement défini comme l’opération signifiante. Il est constitué d’une fonction de bord (c’est un objet ambocepteur ; une partie réelle du corps cessible, perdu mais présent ailleurs en tant que reste) il est une extériorité interne pour le sujet en corps. Cette constitution d’objet qui cause le désir est fondamental pour l’entrée du sujet dans le langage, car c’est une expérience de division subjective et un moment d’angoisse structurant. L’objet dans le fantasme se constitue dans un deuxième temps sur cet objet prototype.

Lacan reprend cette expression revisitée par Freud, « l’anatomie, c’est le destin », pour dire qu’il s’agit d’une dissection d’objets restant investi au niveau de corps propre, qui échappe à l’image unifiant du corps construit par le langage au moment du stade du miroir : « le destin, c’est-à-dire le rapport de l’homme à cette fonction qui s’appelle le désir, ne prend toute son animation que pour autant qu’est concevable le morcellement du corps propre, cette coupure qui est le lieu des moments élus de son fonctionnement. » Cet objet a dont la genèse étaye l’hypothèse structurant, nait ailleurs avant cette capture de l’image narcissique qui le couvre. C’est ainsi que soit fondé la praxis, le repérage de l’angoisse entre la jouissance et le désir.

L’angoisse est un affect qui concerne l’être du sujet plutôt qu’un affect du Moi ; elle fait signe au sujet. Le danger interne est le désir de l’Autre comme énigme et concerne l’être du sujet en tant qu’il sollicite sa propre perte. Si l’angoisse est un phénomène fondamentale pour le sujet, elle est au cœur de sa constitution par rapport à cet objet, elle est profondément en lien avec la structure du sujet et sa propre expérience de manque dans le rapport à l’Autre. C’est sur ce fond qu’elle interroge deux aspects essentiels de l’être du sujet : l’être sexué et l’être mortel. Ces deux aspects se basent sur la symbolisation d’une absence ; ce qui également constitue le fond de toute relation analytique.

C. Soler différencie deux groupes d’affects pour la psychanalyse : il y a affects du fantasme impliquant la question de la castration, encadré par l’imaginaire et symbolique. Et il y a les affects du réel comme l’angoisse en tant que réel qui limite la subjectivation. La crainte de castration au niveau imaginaire est du côté du possible, or le réel est par définition l’impossible.

Deux statuts pour l’angoisse sont à souligner pour le travail clinique : d’une part nous avons à faire à l’angoisse dans son rapport au symptôme où le sujet s’inscrit dans une répétition, essaye d’encadrer par l’imaginaire ce vécu pénible. Il engage les signifiants et ses images afin de cerner cet envahissement. Une fois que ce travail psychique est effectué, effet d’angoisse liquidé, il peut s’engager dans son discours subjectivement pour cette fois-ci essayer de cerner cette part de vérité qui le concerne comme sujet, pour s’en servir. La réponse de la psychanalyse n’est pas désangoisser car l’être parlant reste sujet à l’angoisse de structure par l’instauration de l’impossible à travers la castration, qui est désormais l’opération de langage. La psychanalyse ne prétend pas résoudre l’angoisse car elle permet de situer ce point d’impossible en son lieu. Mais propose de transformer son traitement, par le changement de position subjective par rapport à l’objet a qui se présente toujours en fonction de cause. Ainsi s’élabore dans le sujet la fonction de la cause d’un désir, avec la béance instaurée entre son effet.

La constitution de l’objet donne sa structure à l’angoisse encadrée par le fantasme. Là où l’angoisse destitue le Moi où ses identifications ne tiennent plus, instaure l’intime subjectif donnant un mi-accès à sa vérité, de jouissance. (…)

Conclusion

Traversant deux approches psychanalytiques fondamentales, nous avons tenté de cerner ce que la question sur l’angoisse nous permet de repérer dans le travail clinique et du statut du sujet dans son rapport à l’Autre.

La civilisation moderne de la science, engageant un savoir mesurable, rationnel laissant forclos le sujet de l’inconscient a un effet d’angoisse sur le sujet. Cette aire de savoir pour tous ne donne en aucun cas une réponse au sujet sur sa question de l’être. Le sujet moderne n’a plus à sa disposition dans le discours contemporain des références sur lesquelles il pourrait prendre appui pour avoir une réponse sur qui il est dans le rapport à l’Autre.

Le monde actuel génère de l’angoisse. Au lieu de mettre en circulation des valeurs symboliques et rendre consistant les références imaginaires et symboliques, met en circulation des objets de satisfactions, qui n’étayent pas le lien social. Le sujet reste référé toujours à lui-même, à double aspect d’expansion de narcissisme et de désarroi profond en face à des objets de jouissance auto-érotique où il est livré à sa propre expérience de béance. Obturer la demande évoque de l’angoisse. Or, aucun objet ne peut venir répondre à la pulsion.

Bibliographie :

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Safouan, M., Lacaniana: Les Séminaires de J. Lacan 1953-1963. Ed.  Fayard, Paris, 2001.

Soler, C., Déclinaisons de l’angoisse : Cours 2000-2001. Collège Clinique de Paris, Transcription non révisée par l’auteur.

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